Voyage et Sens – La Corse

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La Corse nommée l’Ile-de-Beauté et de l’Esprit est une montagne dans la mer. Ce qui touche la première fois qu’on découvre cette île, ce sont ses parfums et ses couleurs. « Cette île est comme une odeur de jolie femme dans la fraîcheur de l’aube. » nous dit Guy de Maupassant lorsqu’il débarque en Corse. C’est une terre chargée d’histoire, des villages perdus dans les montagnes, des décors sauvages, des éperviers volant au-dessus du maquis, des montagnes qui font l’amour à la mer. Les villages corses sont pensés sur un même modèle s’adaptant aux réalités du milieu naturel. Les paysages sont propices pour laisser vagabonder son imagination. Les Bretons n’ont pas le monopole des menhirs car la Corse en compte plus d’un millier, du côté de Cauria, dans le sud de l’île.

La culture Corse repose sur des passions :

–         Un attachement aux traditions, aux coutumes, comme des points de repères pour la vie, pour une reconquête identitaire. Les chants polyphoniques ou monodiques, les recettes, la langue traditionnelle. Une singularité : conserver en harmonie tradition et modernité.

–         La musique. Le chant rythme la vie corse. Il témoigne du récit de l’île. Le chant polyphonique Corse est un moyen d’expression vivant, reliant le temps, la mémoire des évènements passés. Chaque évènement heureux ou malheureux est chanté. Si l’on se laisse vibrer à la puissance des voix et de leurs émotions, on peut sentir battre le cœur de cette île en soi.

–         L’art culinaire par ses multiples saveurs.

–         Les dictons et les proverbes ponctuent le quotidien corse. Comme par exemple :

  • Arcu di sera, tempu di spera., Arcu di mane, Acqua a funtane. –> Arc-en-ciel du soir, espoir de beau temps, Arc-en-ciel du matin, pluie à torrent.
  • U tonu un casca induv’ellu c’hè un santu chi prega per voi. –> La foudre ne tombe pas là où un saint prie pour vous.

C’est le pays des contes et des légendes, l’univers des mazzeri (les sorciers), des steghe (les sorcières), des fata (les fées) et des fullettu ( les lutins).

A travers le temps, la tradition orale a perpétué le mythe de l’étrange et du merveilleux. Cette mémoire corse s’est transmise de générations en générations jusqu’à il y a peu de temps. Les bergers ont toujours été portés vers le mystérieux. Ils lisaient l’avenir dans les œufs ou l’omoplate d’un agneau sacrifié, croyaient aux esprits invisibles, aux sorciers et aux sorcières. Ils croyaient aux présages devinés dans le vol des oiseaux, l’aspect du ciel, ou encore le comportement des animaux. Religion et superstition se sont toujours mêlées dans les histoires.

Imaginons-nous au coin de l’âtre, en train d’écouter une histoire. Ce soir, à la veillée, c’est l’histoire du fullettu. On le décrit comme un petit homme qui a une main de fer et une main de chanvre. Lorsqu’on le rencontre sur son chemin, on ne l’oublie pas. Quand il vient dans une maison, il est très difficile de l’en faire partir. Un soir, en Castagniccia, à la nuit tombée, alors que le meunier était encore en train de moudre son grain, il entendit un bruit. Dehors, un enfant pleurait parce qu’il avait faim et froid. Le meunier touché par le petit garçon le ramena chez lui. Lorsque le meunier voulut réchauffer le petit enfant près du feu, celui-ci eut une grande frayeur parce qu’il ne voulait pas que le meunier voit ses pieds qui étaient tout fourchus. Alors, le meunier retourna à son moulin. Soudain, la roue du moulin s’arrêta. Il n’y avait plus une goutte d’eau pour le faire tourner. Il vit alors le petit garçon tout heureux, riant et frappant dans ses mains. « Tu peux aller te coucher, meunier, dit le petit garçon, car ton moulin ne tournera plus. » Le meunier compris alors qu’il avait à faire à un fullettu et qu’il serait difficile pour lui de s’en débarrasser. Un lutin n’est pas méchant mais il aime faire des mauvaises blagues.  Le meunier, après une longue réflexion, se souvint que ce drôle de petit personnage avait horreur du désordre. Alors, il se rendit au grenier et mélangea des grains de blé et des grains d’avoine. Quand le fullettu vit que tous les grains étaient mélangés, il se mit aussitôt à commencer à les trier. Mais ce travail était si long et si pénible que le petit homme en eut marre. Dégoûté, il s’en alla au grand soulagement du meunier.

 

La Corse, c’est aussi la terre des « bandits d’honneurs » et des corsaires.

L’origine du blason corse « A bandera testa mora », représente la tête d’un Maure depuis 1762. Cette tête de Maure remonterait aux Croisades et on la trouve également sur les étendards du Roi d’Aragon. Elle serait le symbole d’une victoire dont un chef aurait été décapité et la tête portée en haut d’une pique.

Le bandit Corse est tour à tour craint, admiré et respecté pour son courage et sa bravoure auprès de la population. Il appartient à la communauté, on l’héberge et on le nourrit pour s’assurer de ses services, alors que le gendarme est « l’étranger ». Le bandit d’honneur que l’on retrouve dans la littérature romantique est opposé au bandit percepteur, celui qui impunément terrorise et rançonne les populations pour se procurer de l’argent facile. Le maquis Corse a toujours été un lieu pour se cacher.

Le maquis fait partie intégrante du paysage insulaire. Partir en randonnée dans le maquis, c’est se plonger au milieu de milliers d’espèces végétales, d’odeur de romarin et d’un silence divin. Du maquis bas longeant le littoral, avec ses épineux, ses genêts, sa lavande, … au maquis haut, ses cèdres, ses chênes et châtaigniers…. Une variation de paysages et d’ambiances qui nous dépaysent et nous font du bien.

Quand on pense à la Corse, on pense aussi aux corsaires. Ce nom en a-t-il été inspiré ? L’étymologie latine ne penche pas en cette faveur. Corsaire viendrait du latin « cursus » qui signifie course, croisière ou expédition.  Le corsaire est celui qui a une « lettre de course » ou « lettre de marque » qui lui donne une sorte de mission à remplir au nom d’un gouverneur. Le mot « corse » vient du latin « corsi », les habitants de Corse, la terre étant appelée dans un premier temps « Corsica ».

Aux XIIIe et XIVe siècles, les habitants de Bonifacio tentaient leur fortune comme corsaire, cette vocation étant reconnu et légalisé à l’inverse des pirates. Les corsaires armaient leurs bateaux pour « faire la course ». Le capitaine avait une lettre de marque délivrée par son gouvernement pour l’attaque et la prise des navires ennemis. Les prises étaient donc remises aux autorités du pays pour répartir le fruit de la vente du navire et de sa cargaison. Il désignait également le navire armé à la course pour défendre le pays de ses attaquants.

 A un officier anglais qui déclamait que les Corsaires Français se battaient pour l’argent et les Anglais pour l’honneur, Robert Surcouf lui répondit : « On se bat toujours pour ce qui nous manque le plus. » François Canonici

Sans lettre de marque, le Corsaire était considéré comme pirate. Les pirates attaquaient tout ce qui était bon à prendre, amis ou ennemis. Ils étaient considérés comme des « anarchistes » de la mer. S’ils étaient pris, ils étaient pendus haut et court.

Les valeurs Corse

  • La Valeur des hommes libres et égaux.

Marquée par un homme important : Pascal Paoli au XVIIIe siècle (1725-1807), à la fois général corse, chef de la Nation corse indépendante, et hommes des Lumières. Le temps des Lumières, c’est l’époque de Jean-Jacques Rousseau, de Voltaire, de Boswell. Le mouvement des « Lumières » représente sous forme de métaphores, le courant intellectuel, philosophique et littéraire du XVIIIe siècle, qui prône l’usage de la « raison éclairée », fondée sur une connaissance rationnelle des choses et la valeur de la liberté. L’autorité arbitraire, l’absolutisme monarchique, les oppressions religieuses ou morales sont de ce fait rejetées. Ce qui est mis en avant, c’est le progrès des arts et des sciences et la recherche du bonheur sur Terre.

Ce qui prédomine chez le peuple Corse, c’est que l’homme ne part jamais pour une destination « par hasard ». Il est toujours soutenu par une idée ou une idéologie qui le mène vers sa destination. S’il veut combattre l’ennemi, il va se diriger vers un lieu où il est possible de s’engager, comme Venise au moment des combats contre les Ottomans dans la guerre de Candie (1645-1669). S’il se sent plus négociant que guerrier, il peut s’installer en bord de mer pour se lancer dans la pêche au corail.

Cette notion de suivre une idéologie personnelle dans sa vie est intéressante. Elle représente cette forme de liberté d’action qui nous donne la possibilité de nous diriger vers où bon il nous semble pour réaliser cette idéologie. Ce sentiment de réalisation de soi nous permet de nous sentir heureux et à notre place, pour l’avoir choisi.

  • Les Valeurs d’humanisme et de tolérance portée par la quête de la sérénité.

L’humanisme, dont le terme est apparu dans la seconde moitié du XIXe siècle, permet d’affirmer la foi dans l’être humain qui devient le centre des préoccupations, en conservant une pensée optimiste à son sujet. C’est tout faire pour lui permettre son épanouissement, avec la conviction et la confiance dans sa capacité à évoluer de manière positive. Dans l’humanisme, l’être humain est libre et doit se protéger de tout asservissement de cette liberté et de tout ce qui pourrait faire obstacle au développement de l’esprit.

La tolérance (du latin tolerare-supporter) est la capacité à accepter quelque chose que normalement, on devrait refuser, qu’on pourrait désapprouver spontanément. Pour certains philosophes, il ne peut y avoir tolérance sans agression, à savoir qu’on ne peut être tolérant que face à ce qui nous dérange, ce avec quoi nous ne sommes pas en accord. La tolérance se met en place parce qu’on respecte un individu ou parce qu’on défend un idéal de liberté.

Pour écouter l’émission « Voyage et Sens », animée par Julien Peron et Patricia Penot, cliquez ici

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