Les secrets de l’Alchimiste

La Pierre Philosophale, le Grand Œuvre, l’Athanor… des mots qui interrogent et qui peuvent nous faire questionner sur ce qu’est vraiment l’Alchimie, son mystère, son intérêt.

L’Alchimie, selon la définition qu’en donne le Larousse est « l’art de purifier l’impur en imitant et en accélérant les opérations de la nature afin de parfaire la matière ». On peut la placer comme l’ancêtre de la chimie moderne, parce que les alchimistes mélangeaient de manière savante, soufre, mercure, plomb, acides, sels, … dans le fourneau alchimique, l’Athanor. Mais l’alchimiste était aussi un être spirituel, pensant que la transformation de la matière ne pouvait se faire qu’avec l’aide de Dieu, qui seul peut réaliser l’opération alchimique, d’où leur devise « Orare Laborare » (prier, travailler). Pour réussir cette transformation, l’alchimiste devait trouver un lieu propice tenant compte aussi bien des forces telluriques de la terre que de l’orientation des astres. En général, le laboratoire alchimique devait être situé tout en haut d’une tour et l’escalier permettant d’y accéder devait être en colimaçon tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. La pièce dans laquelle devait avoir lieu la transformation ne devait être dotée que d’une seule fenêtre exposée au Nord, afin que le soleil n’y pénètre pas. Une lucarne bien située devait permettre de laisser passer le premier rayon du soleil au solstice d’été, avec le faisceau dirigé vers le four, pour l’allumer.

Dans tout processus alchimique, se relient donc un aspect technique, avec un savoir-faire, un processus à suivre, des outils et des matériaux à utiliser, et un aspect transcendantal, avec un cheminement mystique vers la connaissance. Cette recherche pour une renaissance de la conscience doit passer par une exploration de ces « matériaux lourds », préambule indispensable à toute plongée au cœur de la matière philosophale, responsable de la transformation par projection sur ce matériau brut.

Trois phases sont en général décrites au décours de tout travail alchimique, en relation avec la couleur que prend la matière au fur et à mesure de son incandescence. L’œuvre au noir correspond au moment où se place la calcination du matériau. L’œuvre au blanc concerne plutôt la phase pendant laquelle la matière se lessive et se réduit. Et enfin, l’œuvre au rouge est la phase où l’on obtient l’incandescence.

Même si on retrouve des origines de pratiques et de pensées alchimiques en Chine dès le IVe siècle avant JC et en Inde dès le VIe siècle, l’alchimie occidentale prend ses sources dans l’Egypte helléniste (avec Bollos de Mendès, -100), pour ensuite se développer dans le monde arabe puis le monde européen. C’est au temps du Moyen-Âge que naissent les alchimistes au nom qui résonnent encore aujourd’hui, Nicolas Flamel (1330-1418), Roger Bacon (1210-1292l), le médecin Paraclese (1493-1541).  Marguerite Yourcenar, dans son romant « L’œuvre au noir », a parfaitement bien décrit la vie des alchimistes, qui étaient à la fois considérés comme des hommes sages, des médecins et des techniciens, en quelque sorte, des hommes polyvalents et proches de Dieu.

Ces hommes ont souvent axé leur vie sur ce qu’ils ont nommé le « Grand-Œuvre », à savoir tout ce qui concerne la recherche pour créer la pierre philosophale, une substance possédant divers pouvoirs. Trois propriétés essentielles étaient attribuées à cette pierre :

–  celle de transmuter des métaux dits « vils » comme le plomb, en métaux dits « nobles » comme l’or ou l’argent,

– celle de trouver la « panacée », une sorte de médecine universelle pour guérir les maladies,

– et celle de créer un élixir pour prolonger la vie au-delà des limites normales.

D’autres se sont intéressés davantage à l’alchimie de l’éveil spirituel. On parlera alors d’alchimie mystique. Carl Gustav Jung a vu dans le concept de la Pierre Philosophale, une métaphore du processus d’évolution de la conscience dont tout être humain est porteur. Lorsque quelqu’un entame un processus de recherche personnel, un cheminement vers le Soi, n’est-il pas en train de commencer ce « Grand-Œuvre » alchimique ? Ne cherche-t-il pas à transformer tout ce qui le plombe, le ralentit, ce qui l’attriste, … à laisser partir tout ça, afin de contacter davantage cette matière de conscience en lui qui a envie de s’exprimer (l’œuvre au noir) ? Ne cherche-t-il pas à toucher l’or qu’il a en lui, un état de paix profonde, une harmonie intérieure au-delà des pensées et des histoires personnelles (l’œuvre au blanc) ? Ne cherche-t-il pas à transcender ce que veut son ego pour faire émerger l’énergie de vie et de feu qu’il est vraiment (l’œuvre au rouge) ?

« … Pendant quelques minutes, j’ai senti la douceur de vivre. Peut-être les souvenirs m’y aidaient-ils, car je ne sais par quelle alchimie, la tristesse d’hier se transforme en sensations de bonheur, mais un bonheur tranquille, un bonheur d’ombres. » J. Green, Journal,1937, p. 92.

Et si nous devenions tous des alchimistes de nous-mêmes ?

Une réflexion sur “Les secrets de l’Alchimiste

  1. B onjour,Je ne sais pas si on peut diviser le contexte alchimique en deux Alchimies « la matérielle » et la « spirituelle » Je serais tenté de dire qu’elles sont indissociables.Ne pas oublier que le premier message de cette science est avant tout un message unitaire,retrouver l’unité originelle … vaste programme

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