Les molécules de l’attirance et de la tendresse

Aussitôt, Ulysse lui tint ce discours habile et enjôleur : « Je te supplie, ô reine. Es-tu déesse ou mortelle ? … Si tu es des mortels, qui habitent sur la terre, trois fois heureux ton père et ta vénérable mère, trois fois heureux tes frères ; toujours leur cœur est tout chaud de joie à cause de toi, quand ils voient un si beau brin de jeune fille entrer dans le chœur de la danse. Et plus que tout autre, heureux en son cœur, celui-là qui méritera par ses riches présents de t’emmener en sa maison. Car mes yeux n’ont encore vu personne, homme ni femme, semblable à toi. Un respect me saisit quand je te regarde. A Délos, un jour, près de l’autel d’Apollon, je vis un jeune surgeon de palmier, qui poussait avec cette beauté. J’étais allé là, suivi d’un peuple nombreux dans ce voyage où je devais trouver tant de cruels soucis. Et comme, en le voyant, je fus longtemps étonné en mon cœur, car jamais branche aussi belle ne s’était élancée de terre ; ainsi, femme, je t’admire, et suis étonné ; et j’ai crainte d’embrasser tes genoux. »  (L’Odyssée – Chant VI, Homère)

L’attirance entre deux êtres est un phénomène complexe. Est-ce la résultante d’une attitude, d’un regard, d’une mimique sur un visage, d’un sourire ? Est-ce la résultante de la remémoration d’un souvenir heureux dans un contexte donné ? Est-ce la résultante d’une production chimique, qui incolore, s’envole pour toucher l’inconscient d’un ou d’une autre ?

Aujourd’hui, nous savons que l’attirance à ses hormones : les phéromones. Ce terme vient du grec, pherein voulant dire « porter », et hormôn, « exciter ». Ces molécules ont été découvertes lors d’une étude faite chez les fourmis, par l’entomologiste Jean-Henri Fabre. Elles représentent des messages chimiques capables d’influencer des comportements dans une même espèce, notamment ceux liés à la reproduction. Elles sont volatiles et se diffusent comme les odeurs, pour venir saturer des capteurs chimiques chez celui qui les reçoit et modifier ainsi son état hormonal. Chez l’être humain, les études pour démontrer l’existence de ces molécules sont récentes et datent de 1971.

Chez l’homme, c’est l’Androstadiènone, produit de la transformation de la testostérone, qui se comporte comme une phéromone pour attirer la femme. Elle agit sur l’amygdale cérébrale, partie antérieure de l’hypothalamus, ce qui fait que l’humeur, les émotions et le comportement sexuel vont être touchés. Chez la femme, c’est l’Estratétranéole, dérivé de l’œstradiol, qui attire l’homme, en agissant sur la partie postérieure de l’hypothalamus. Le circuit du désir s’en voit ainsi plus actif.

Une autre hormone intervient aussi dans le contexte amoureux, l’Ocytocine. C’est une molécule découverte en 1906. Elle est secrétée dès la naissance et c’est elle qui est responsable du lien mère/enfant. De nombreuses études montrent qu’elle a des effets dans l’émotion, l’attachement, le plaisir, la satisfaction et l’amour. Elle active le désir chez les partenaires ainsi que l’humeur positive qui est présente dès qu’il y a une attirance entre deux êtres. L’Ocytocine stimule aussi la mémoire des visages. Elle représente l’un des messagers chimiques de la séduction, en touchant le centre des émotions situé dans l’amygdale cérébrale.

Même si la relation amoureuse met ainsi le jeu la danse des molécules, nous sommes ravis de constater que nos phéromones ne s’activent pas avec tout le monde et tout le temps…. Maintenant, qu’est-ce qui fait qu’elles vont s’activer et se secréter, cela fait encore partie du grand mystère de la vie 🙂

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